L'Equipe
Mars 98
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"Le sport féminin sur la bonne piste"
 
    Parti de très bas, le sport féminin a comblé aujourd'hui nombre de ses handicaps. Mais il peut revendiquer plus de pratiquantes et... beaucoup plus de dirigeantes et de techniciennes 
A 20 heures, ce vendredi dernier, deux jours avant la Journée de la Femme, Henri Sérandour était un homme bien entouré. Le président du CNOSF recevait, sur l'estrade de la grande salle de conférences de la Maison du sport français, sept femmes, Marie-Georges Buffet, ministre de la Jeunesse et des Sports, avait voulu cette soirée-débat. Elle voyait, dans la Journée Internationale de la Femme, "l'occasion de lancer diverses opérations". Elle évoquait de vieux préjugés, soupçonnait de les voir persister de-ci, de-là, notait l'effarante "sous-représentation" des femmes dans les  rangs des dirigeants, des techniciens, des décisionnaires : un handicap majeur du sport féminin en France aujourd'hui. Martine Aubry, qui, outre l'Emploi et la Solidarité, détient le ministère du Droit des femmes, avait accepté l'invitation à ce qu'elle appelait "une très bonne initiative". Elle avait pu s'agacer devant son poste de télévision, confiait-elle, de la faible place attribuée au sport féminin et s'inquiétait de l'absence des filles dans les installations sportives dites de proximité. 

Les débats étaient lancés et tout ce joli monde se mit à plancher sur le sujet du jour, "la place des femmes dans le sport". Les constats étaient aisés à faire : Monique Berlioux, directeur du CIO jusqu'en 1985, déplorait "l'absence des femmes dans les instances nationales et internationales", notait que "les programmes sportifs féminins sont décidés par les hommes" et conseillait à celles qui voulaient s'impliquer qu'il ne leur suffirait pas d'être comparables aux hommes, mais qu'il leur faudrait être meilleures. 

L'ancien ministre des Sports Maurice Hertzog mesurait le chemin parcouru depuis, voilà bientôt quarante ans, son arrivée à ce poste, quand, son ministère comptant "zéro femme" sur quatorze inspecteurs généraux, il avait dû imposer Marie-Thérèse Eyquem. 

Une participante signalait que "les femmes des milieux populaires sont exclues de la pratique sportive" et dénonçait, "au delà de l'inégalité hommes-femmes, une inégalité femmes-femmes" qui ne s'arrête pas, d'ailleurs, aux limites du stade ou du gymnase. 

Des représentantes de l'association Atlanta +, rebaptisée Atlanta-Sydney+, permettaient de sentir la difficulté des combats menés par les femmes de certains pays, l'énorme, obsédante, humiliation de celles dont le corps même est désigné comme un objet de honte : il était temps, notaient-elles, que "le sport et le féminisme se rencontrent". Elles évoquaient "l'énorme passivité du CIO" à l'endroit de leurs revendications. Un CIO plutôt passif-agressif, d'ailleurs, puisqu'il n'a pas manqué, à l'occasion, de chercher à ternir l'image de l'association ou de tourner ses combats en ridicule. C'est des témoignages de femmes d'Algérie ou d'ailleurs, de ces championnes qui font l'objet de monstrueuses fatwas parce qu'elles ont "montré leurs cuisses..." dans les courses du stade olympique, que nous venait un sentiment d'urgence. 

Après cela, telle rugbywoman pouvait demander de créer des crèches pour les enfants de sportives sur les stades, Marie-Claire Restoux souhaiter une meilleure place du sport à l'école et à l'université, telle championne de football raconter ses démêlés avec un club discriminatoire, on se disait que, pour ça, on pourrait s'arranger entre gens de bonne compagnie.

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