A 20 heures, ce vendredi dernier, deux jours avant la Journée
de la Femme, Henri Sérandour était un homme bien entouré.
Le président du CNOSF recevait, sur l'estrade de la grande salle
de conférences de la Maison du sport français, sept femmes,
Marie-Georges Buffet, ministre de la Jeunesse et des Sports, avait voulu
cette soirée-débat. Elle voyait, dans la Journée Internationale
de la Femme, "l'occasion de lancer diverses opérations". Elle évoquait
de vieux préjugés, soupçonnait de les voir persister
de-ci, de-là, notait l'effarante "sous-représentation" des
femmes dans les rangs des dirigeants, des techniciens, des décisionnaires
: un handicap majeur du sport féminin en France aujourd'hui. Martine
Aubry, qui, outre l'Emploi et la Solidarité, détient le ministère
du Droit des femmes, avait accepté l'invitation à ce qu'elle
appelait "une très bonne initiative". Elle avait pu s'agacer devant
son poste de télévision, confiait-elle, de la faible place
attribuée au sport féminin et s'inquiétait de l'absence
des filles dans les installations sportives dites de proximité.
Les débats étaient lancés et tout ce joli monde
se mit à plancher sur le sujet du jour, "la place des femmes dans
le sport". Les constats étaient aisés à faire : Monique
Berlioux, directeur du CIO jusqu'en 1985, déplorait "l'absence des
femmes dans les instances nationales et internationales", notait que "les
programmes sportifs féminins sont décidés par les
hommes" et conseillait à celles qui voulaient s'impliquer qu'il
ne leur suffirait pas d'être comparables aux hommes, mais qu'il leur
faudrait être meilleures.
L'ancien ministre des Sports Maurice Hertzog mesurait le chemin parcouru
depuis, voilà bientôt quarante ans, son arrivée à
ce poste, quand, son ministère comptant "zéro femme" sur
quatorze inspecteurs généraux, il avait dû imposer
Marie-Thérèse Eyquem.
Une participante signalait que "les femmes des milieux populaires sont
exclues de la pratique sportive" et dénonçait, "au delà
de l'inégalité hommes-femmes, une inégalité
femmes-femmes" qui ne s'arrête pas, d'ailleurs, aux limites du stade
ou du gymnase.
Des représentantes de l'association Atlanta +, rebaptisée
Atlanta-Sydney+, permettaient de sentir la difficulté des combats
menés par les femmes de certains pays, l'énorme, obsédante,
humiliation de celles dont le corps même est désigné
comme un objet de honte : il était temps, notaient-elles, que "le
sport et le féminisme se rencontrent". Elles évoquaient "l'énorme
passivité du CIO" à l'endroit de leurs revendications. Un
CIO plutôt passif-agressif, d'ailleurs, puisqu'il n'a pas manqué,
à l'occasion, de chercher à ternir l'image de l'association
ou de tourner ses combats en ridicule. C'est des témoignages de
femmes d'Algérie ou d'ailleurs, de ces championnes qui font l'objet
de monstrueuses fatwas parce qu'elles ont "montré leurs cuisses..."
dans les courses du stade olympique, que nous venait un sentiment d'urgence.
Après cela, telle rugbywoman pouvait demander de créer
des crèches pour les enfants de sportives sur les stades, Marie-Claire
Restoux souhaiter une meilleure place du sport à l'école
et à l'université, telle championne de football raconter
ses démêlés avec un club discriminatoire, on se
disait que, pour ça, on pourrait s'arranger entre gens de bonne
compagnie.