Le journal du dimanche
 9 Janvier 2000
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Vanessa CAFFIN


La Révolte des Femmes : « En tennis, la grève menace et la colère monte dans de nombreuses disciplines. Marie-George Buffet veut légiférer sur la parité dans le sport ».


LA GUERRE des sexes aura- t-elle lieu ? Les soixante meilleures joueuses de tennis mondiales se sont mobilisées cette semaine dernière ; Martina Hingis, pour revendiquer les mêmes dotations financières que celles accordées aux messieurs. Elles sont prêtes à faire grève pour obtenir l'égalité. " Je ne vois pas pourquoi nous serions payées différemment. C'est injuste et ridicule " a déclaré, amère, la Suissesse. Au fil de la dernière décennie, les filles ont gagné la guerre du jeu et de l'audience. Pas celle des prix. Sur les quatre tournois du Grand Chelem, seul l'US Open accorde les mêmes primes aux deux sexes. A Roland-Garros, elles sont payées 5% de moins que les hommes, 10% de moins à Wimbledon. " Il est temps de montrer le pouvoir des filles, s'est insurgée Mary Pierce. Le tennis féminin est devenu plus excitant et nous sommes un meilleur produit que les hommes. Nous méritons donc d'avoir les mêmes prix. " 

Jamais la menace n'a été aussi sérieuse. Comme si les frustrations tues, en un siècle de tennis féminin, les avaient rendues  irréductibles. Caprice de gamines (trop) gâtées ? Avec ses trois millions de dollars de gains l'an dernier, Hingis n'est pas la plus à plaindre. Mais son combat dévoile une vérité pernicieuse et généralisée dans le milieu sportif. Au ministère de la Jeunesse et des Sports, la fureur des femmes a trouvé des oreilles compatissantes, attentives. Une enquête a été lancée en mars 1998, relativisant les avancées trop flatteuses jusqu'alors énoncées. Certes, depuis 1990, tout nouveau sport souhaitant être inclus au programme olympique doit comporter des épreuves féminines. Certes, à Sydney, les femmes constitueront 4 000 des 10 000 participants. Certes, les femmes ont massivement investi le monde du sport (aujourd'hui encore, le cyclo-cross s'ouvre aux femmes). EIles ne le gouvernent pas, pour autant. 

En France, Jacqueline Reverdy est la seule femme présidente d'une fédération sportive olympique (équitation). Sur les soixante directeurs techniques nationaux (DTN), on compte cinquante- sept hommes., L'accès aux postes à responsabilité est verrouillé. Cathy Fleury, championne du monde de judo en 1989 et championne olympique en 1992, l'a constaté à ses dépens : " J'ai orienté toute ma carrière pour décrocher un job dans l'encadrement à la fédération. Mais c'est impossible ! On m'a dit que ce n'était pas le moment, que les personnes en place ne voulaient pas travailler avec moi. Je n'ai rien pu faire puisque c'est le DTN qui décide. En revanche, tous les hommes qui ont mon palmarès ont été propulsés à des postes importants. " 

Pour combattre ce machisme déplacé, Marie- George Buffet a décidé d'ouvrir le chantier de la féminisation. Une loi d'orientation est actuellement en préparation, prévoyant le principe de la parité dans les instances dirigeantes et la création d'un observatoire destiné à contrôler sa mise en place. Les fédérations qui ne respecteront pas la règle du 50-50 seront passibles de sanctions financières, à l'instar des partis politiques qui enfreindront les quotas de femmes en position éligible, à partir des municipales 2001. " Dans les sports où les femmes sont minoritaires, elles sont en bute à des discriminations très fortes, analyse Lylian Halls-French, conseillère en charge du dossier au ministère. Mais dans les discipline où elles sont à équivalence, voire majoritaires, elles en subissent également, en terme de médiatisation notamment. " 

En 1995, 305 heures d'antenne ont été consacrées aux sports féminins à la télévision française, contre 1041 heures pour les sports masculins. L'année dernière, pour la première fois, une rencontre de l'équipe de France féminine de basket a été diffusée, sur Pathé Sport. Plus grave, les arnaques financières. " Est-il normal que pour un même sport, l'échelle des primes des femmes pros soient calquées sur celle des amateurs hommes ? ", s'insurge Lylian Halls-French. La pratique est courante, institutionnalisée, parfois condamnée, à voix basse. " Les femmes ne témoignent pas, regrette Nicole Abar, une ancienne internationale de football. Elles n'ont rien, mais le peu qu'elles ont, elles y tiennent. Elles agissent comme des femmes violées qui ont peur des représailles. " 

Insultée, puis virée du club de football du Plessis-Robinson où elle entraînait, Nicole s'est jurée de ne jamais plus se taire. " En mai 98, les équipes féminines voulaient monter en Nationale, relate-t- elle. Le club s'y est opposé parce que cela coûtait trop cher, paraît-il. Et nous avons toutes été renvoyées. Une injustice qui s'ajoute à tant d'autres au quotidien : pas d'accès aux terrains, pas de vestiaires, pas d'argent. " Principal accusé, Christian Poirot, le président du club, réfute ces allégations : " Au travers de cette affaire, Nicole Abar veut condamner l'ensemble des discriminations qui existent dans le sport. Il y en a sûrement, mais pas au Plessis. Les féminines ont toujours été très heureuses ici. " 

Depuis, les " heureuses filles " se sont exilées à Bagneux. Nicole Abar a porté  plainte devant le tribunal de grande instance de Nanterre pour discrimination sexiste et a créé l'association " Liberté aux Joueuses " (LAJ), afin de venir en aide aux femmes qui ont vécu le même calvaire. L'association, présente sur Internet (www.laj.fr), épaule, conseille, procure une assistance juridique et informe de leurs droits les victimes, de discriminations sexistes. " On a pris le risque de mourir" pour changer les choses, j'espère que cela servira d'exemple " soupire la présidente épuisée. 

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