Nicole Abar
SPORT : "Un voeu pour le 21ème siècle"
Pendant un mois, des personnalités donnent leur point de
vue sur le sport de demain
J’ai rêvé que le sport faisait l’objet d’une grande stratégie
publique. Etaient associés pour la mise en œuvre de ce « grand
dessein », passant ainsi d’une pratique individuelle à une
pratique collective, plusieurs Ministères : le Ministère
de la jeunesse et des sports, le ministère de la solidarité,
de l’emploi et du droit des femmes, le ministère de la santé,
le ministère de la ville…
J’ai rêvé qu’un jour une femme ou un homme politique, qui
briguait nos sufrages, avait l’intelligence et le courage d’introduire
dans son programme politique ce qu’il aimerait organiser et proposer dans
le domaine du sport et que se faisant, elle ou il prenne des engagements
afin de donner au sport une réelle dimension sociale.
J’ai rêvé que chacun et chacune d’entre nous, dans une
démarche citoyenne responsable, excerçait la pression indispensable
pour que justement notre pays et les autres donnent au SPORT les moyens
nécessaires afin qu’il remplisse son rôle d’irrigation du
tissu social des valeurs d’une société progressiste : dignité,
respect solidarité et partage.
J’ai rêvé que les « grands concepteurs des villes
» pensaient la cité avec comme préalable le sport et
l’écologie. Ils construisaient la ville d’abord sur l’idée
de « vide » et de « liberté de mouvement ».
Après avoir réservé l’espace libre pour que chacun
et chacune puisse aller courir, taper dans un ballon, jouer au badmington,
faire du vélo, en utilisant les opportunités naturelles des
reliefs, alors seulement ils organisaient la cité. Dans nos villes
de bitume et de béton graffités, « pelouse interdite
» est une affirmation indécente.
J’ai rêvé que les architectes prenaient la peine d’associer,
pour toutes leurs réalisations, pragmatisme, esthétisme et
fonction sociale. Ainsi grâce à quelques traits de crayon
à papier, pourtant si vulnérables face au pouvoir de la gomme,
ils influençaient de manière définitive la façon
de vivre en couple et en famille dans la cité. Chose extraordinaire,
ils pensaient tous à consacrer quelques m2 pour la mise en
place d’une crèche, dans tous les complexes sportifs et culturels.
Le 3ème millénaire devrait faire de cet extraordinaire la
norme.
J’ai rêvé que tous les enseignants étaient formés
pour sensibiliser, accompagner, et perfectionner selon les cas, les jeunes
à la pratique d’un sport et ce dès l’école maternelle.
J’ai rêvé que les rythmes scolaires étaient organisés
en fonction de cette évidence : le sport est un outil pédagogique
exceptionnel dans ce qu’il apporte comme rapport à la notion de
règle, d’arbitre, de partenaires, d’adversaires, de connaissance
de soi mentalement et physiquement, de travail, de performance, de réussite,
d’échec…
J’ai rêvé que le 3ème millénaire inventait
le « BEBE Sport » avec des offres d’activités d’éveil
dans tous les clubs sportifs. Ainsi selon le sport pratiqué par
les parents, sur leurs lieux de pratique habituelle, dans l’espace «
crèche » prévu à cet effet, il était
proposé cette activité de connaissance et reconnaissance
de la mobilité corporelle.
J’ai rêvé que sur le lieu de travail étaient réunies
les conditions d’une pratique sportive au quotidien ou hebdomadaire, avec
des emplois spécifiques pour encadrer les activités sportives,
emplois rémunérés par la collectivité.
J’ai rêvé que le monde entier se liguait contre cette course
à la performance à tout prix, qui lorsqu’elle est saine repousse
les limites du possible, mais qui aujourd’hui associe le sport à
la notion de tricherie et pousse à une mort prématurée
celles et ceux qui nous font tant rêver et qui incarnent à
nos yeux l’exception, la beauté, la puissance et la réussite.
J’ai rêvé que le sport, dans la tourmente de la course
à la mondialisation, montrait et démontrait que tout
n’était pas marchandise, commerce, loi du marché, profit,
rentabilité.
J’ai rêvé que le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel
avait obtenu des médias publics des retransmissions pour tous les
sports pratiqués au masculin, au féminin, par des handicapés
ou des vétérans selon les principes de l’équité,
de la variété et de la régularité.
J’ai rêvé que la notion de temps généreusement
offerte à une activité sportive ou à une bonne cause
trouvait enfin une reconnaissance sociale.
J’ai rêvé que grâce à un nouveau système
de déduction fiscale, le mécénat et le partenariat
sportif s’étendraient aussi au sport de masse.
Le sport est à la vie sociale, ce que le cœur et les veines
sont à la vie corporelle. Il faut beaucoup d’autres fonctions pour
que le corps vive, il faut beaucoup d’acteurs, autres que le SPORT, pour
qu’une société vive. Le « j’ai rêvé..
» de Marthin Luther King avait à l’époque les accents
de l’utopie et pourtant ses idées ont fini par aboutir à
la disparition institutionnelle de la ségrégation raciale.
Le SPORT le plus indispensable à l’avenir de l’être humain
est celui qui ne se voit pas, même si Le SPORT est un et indivisible,
tous pour un et un pour tous.
Le sport du XX ème siecle a été à l’image
de la société, il a été un suiveur. Le sport
du XXI ème siècle devra donner le tempo d’une société
nouvelle, il devra être l’exemple à suivre, il devra être
un leader de la lutte contre la ségrégation et la hiérarchisation
sociale. Le riche et le pauvre doivent se passer le relais pour gagner
la course contre l’exclusion et le mépris infligés au
plus faibles que sont tous les anonymes qui pratiquent en compétition
ou en loisirs : les femmes, les handicapés et les personnes âgés.
Pour ces derniers, loin des caméras, le sport est une question de
santé publique.
Le 3ème millénaire devra dépasser l’orgueil des
vainqueurs, les nationalismes de plus en plus exacerbés, et
se donner les moyens pour faire au SPORT une place dans la vie au quotidien,
dans le cœur et l’esprit de tout à chacun. Le SPORT, dans cet espace
d’obscurité et de transparence d’un anonymat tranquille, devient
éblouissant dans le sourire d’un enfant de France ou du monde, tout
heureux de réaliser à ses propres yeux, et aux yeux de celles
et ceux qu’il aime, une performance, sa performance. Ceci se décline
en une phrase : le bonheur d’être en cet instant précis tout
simplement soi même, unique et générique, insignifiant
et fondamental dans l’immensité de l’univers.
Le moment de sport du siècle (illustré par une photo
représentant la course du mont Cameroun mixte gagnée par
une femme)
« Lorsque la victoire est une question de survie, les femmes gagnent
même contre des hommes. Devant cet exploit, je ne peux pas m’empêcher
de penser que notre siècle n’aura pas fait disparaître les
inégalités, la misère et la pauvreté. Pour
s’en sortir les plus démunis mettent leur vie en danger et pour
survivre ils vendent la seule chose qu’ils possèdent encore : un
organe, du sang …tout simplement par reflexe de survie pour se donner ue
souffle d’espoir, même si au bout du compte il s’agit de repousser
l’échéance. »