Huma-hebdo
Décembre1999
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Nicole Abar


SPORT : "Un voeu pour le 21ème siècle"
Pendant un mois, des personnalités donnent leur point de vue sur le sport de demain


J’ai rêvé que le sport faisait l’objet d’une grande stratégie publique. Etaient associés pour la mise en œuvre de ce « grand dessein », passant ainsi d’une pratique individuelle à une pratique collective, plusieurs Ministères : le Ministère de la jeunesse et des sports, le ministère de la solidarité, de l’emploi et du droit des femmes, le ministère de la santé, le ministère de la ville…

J’ai rêvé qu’un jour une femme ou un homme politique, qui briguait nos sufrages, avait l’intelligence et le courage d’introduire dans son programme politique ce qu’il aimerait organiser et proposer dans le domaine du sport et que se faisant, elle ou il prenne des engagements afin de donner au sport une réelle dimension sociale.

J’ai rêvé que chacun et chacune d’entre nous, dans une démarche citoyenne responsable, excerçait la pression indispensable pour que justement notre pays et les autres donnent au SPORT les moyens nécessaires afin qu’il remplisse son rôle d’irrigation du tissu social des valeurs d’une société progressiste : dignité, respect solidarité et partage.

J’ai rêvé que les « grands concepteurs des villes » pensaient la cité avec comme préalable le sport et l’écologie. Ils construisaient la ville d’abord sur l’idée de « vide » et de « liberté de mouvement ». Après avoir réservé l’espace libre pour que chacun et chacune puisse aller courir, taper dans un ballon, jouer au badmington, faire du vélo, en utilisant les opportunités naturelles des reliefs, alors seulement ils organisaient la cité. Dans nos villes de bitume et de béton graffités, « pelouse interdite » est une affirmation indécente.

J’ai rêvé que les architectes prenaient la peine d’associer, pour toutes leurs réalisations, pragmatisme, esthétisme et fonction sociale. Ainsi grâce à quelques traits de crayon à papier, pourtant si vulnérables face au pouvoir de la gomme, ils influençaient de manière définitive la façon de vivre en couple et en famille dans la cité. Chose extraordinaire, ils pensaient tous  à consacrer quelques m2 pour la mise en place d’une crèche, dans tous les complexes sportifs et culturels. Le 3ème millénaire devrait faire de cet extraordinaire la norme.

J’ai rêvé que tous les enseignants étaient formés pour sensibiliser, accompagner, et perfectionner selon les cas, les jeunes à la pratique d’un sport et ce dès l’école maternelle.

J’ai rêvé que les rythmes scolaires étaient organisés en fonction de cette évidence : le sport est un outil pédagogique exceptionnel dans ce qu’il apporte comme rapport à la notion de règle, d’arbitre, de partenaires, d’adversaires, de connaissance de soi mentalement et physiquement, de travail, de performance, de réussite, d’échec…

J’ai rêvé que le 3ème millénaire inventait le « BEBE Sport » avec des offres d’activités d’éveil dans tous les clubs sportifs. Ainsi selon le sport pratiqué par les parents, sur leurs lieux de pratique habituelle, dans l’espace « crèche » prévu à cet effet, il était proposé cette activité de connaissance et reconnaissance de la mobilité corporelle.

J’ai rêvé que sur le lieu de travail étaient réunies les conditions d’une pratique sportive au quotidien ou hebdomadaire, avec des emplois spécifiques pour encadrer les activités sportives, emplois rémunérés par la collectivité. 

J’ai rêvé que le monde entier se liguait contre cette course à la performance à tout prix, qui lorsqu’elle est saine repousse les limites du possible, mais qui aujourd’hui associe le sport à la notion de tricherie et pousse à une mort prématurée celles et ceux qui nous font tant rêver et qui incarnent à nos yeux l’exception, la beauté, la puissance et la réussite.

J’ai rêvé que le sport, dans la tourmente de la course à la mondialisation,  montrait et démontrait que tout n’était pas marchandise, commerce, loi du marché, profit, rentabilité. 

J’ai rêvé que le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel avait obtenu des médias publics des retransmissions pour tous les sports pratiqués au masculin, au féminin, par des handicapés ou des vétérans selon les principes de l’équité, de la variété et de la régularité.

J’ai rêvé que la notion de temps généreusement offerte à une activité sportive ou à une bonne cause trouvait enfin une reconnaissance sociale.  

J’ai rêvé que grâce à un nouveau système de déduction fiscale, le mécénat et le partenariat sportif s’étendraient aussi au sport de masse. 
 Le sport est à la vie sociale, ce que le cœur et les veines sont à la vie corporelle. Il faut beaucoup d’autres fonctions pour que le corps vive, il faut beaucoup d’acteurs, autres que le SPORT, pour qu’une société vive. Le « j’ai rêvé.. » de Marthin Luther King avait à l’époque les accents de l’utopie et pourtant ses idées ont fini par aboutir à la disparition institutionnelle de la ségrégation raciale. Le SPORT le plus indispensable à l’avenir de l’être humain  est celui qui ne se voit pas, même si Le SPORT est un et indivisible, tous pour un et un pour tous. 

Le sport du XX ème siecle a été à l’image de la société, il a été un suiveur. Le sport du XXI ème siècle devra donner le tempo d’une société nouvelle, il devra être l’exemple à suivre, il devra être un leader de la lutte contre la ségrégation et la hiérarchisation sociale. Le riche et le pauvre doivent se passer le relais pour gagner la course contre l’exclusion et le mépris infligés au  plus faibles que sont tous les anonymes qui pratiquent en compétition ou en loisirs : les femmes, les handicapés et les personnes âgés. Pour ces derniers, loin des caméras, le sport est une question de santé publique. 

Le 3ème millénaire devra dépasser l’orgueil des vainqueurs, les nationalismes de plus en plus exacerbés,  et se donner les moyens pour faire au SPORT une place dans la vie au quotidien, dans le cœur et l’esprit de tout à chacun. Le SPORT, dans cet espace d’obscurité et de transparence d’un anonymat tranquille, devient éblouissant dans le sourire d’un enfant de France ou du monde, tout heureux de réaliser à ses propres yeux, et aux yeux de celles et ceux qu’il aime, une performance, sa performance. Ceci se décline en une phrase : le bonheur d’être en cet instant précis tout simplement soi même, unique et générique, insignifiant et fondamental dans l’immensité de l’univers.
 

Le moment de sport du siècle (illustré par une photo représentant la course du mont Cameroun mixte gagnée par une femme) 

« Lorsque la victoire est une question de survie, les femmes gagnent même contre des hommes. Devant cet exploit, je ne peux pas m’empêcher de penser que notre siècle n’aura pas fait disparaître les inégalités, la misère et la pauvreté. Pour s’en sortir les plus démunis mettent leur vie en danger et pour survivre ils vendent la seule chose qu’ils possèdent encore : un organe, du sang …tout simplement par reflexe de survie pour se donner ue souffle d’espoir, même si au bout du compte il s’agit de repousser l’échéance. »
 

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