Le tribunal de Nanterre a débouté les footballeuses
du Plessis-Robinson en guerre contre le club qui leur refusait les moyens
de leur ambition. Elles devront aller jouer ailleurs.
Elles étaient presque toutes là, ce 25 mai 1998, lors
de l'assemblée générale du Football-Club du Plessis-Robinson
où il fut voté le non-réengagement des trois équipes
féminines pour la saison 1998-99. Cinquante joueuses rayées
du décor. Nicole Abar avait tenu à ce que celles qu'elle
entraîne depuis maintenant deux ans soient présentes au moment
de ce verdict triste certes, mais parfaitement attendu tant le conflit
qui oppose Nicole au président du club Christian Poirot depuis plusieurs
mois, avait fini par ne laisser entrevoir d'autre issue.
Leurs relations ont commencé à s'envenimer dès
juin 1997.
L'équipe première féminine venait de terminer sa
saison en division d'honneur en manquant de peu la montée en nationale
1B. Elle avait échoué lors du second match de barrage aux
tirs au but et ne demandait qu’à remettre ça. Mais le président
fit savoir, lors de l’assemblée générale du 2 juin
1997, que les nouvelles priorités (le club s’est engagé dans
une politique sportive de masse privilégiant les jeunes défavorisés)
ne pourraient permettre au FCPR d’allouer les 80 000 F requis en cas de
succès (pour une subvention globale du club de 460 000 francs).
Buteuse butée
Nicole Abar ne l’entendit pas de cette oreille. Cette joueuse-entraîneuse
de trente-neuf ans sait ce qu’elle veut et ne manque pas de le faire connaître.
Dotée d’un beau palmarès, championne de France, meilleure
buteuse de l’Hexagone en 1982 et en 1983, elle dirige deux clubs tout en
travaillant comme informaticienne à France Telecom. Bref, quelqu’un
qui évite les fioritures et qui fonce droit aux buts, quel que soit
le terrain. Ce qui est une qualité, crampons aux pieds, n’en reste
pas forcément une après la douche. Confondre buteuse et butée,
footballeuse et pétroleuse n’est pas toujours recommandé.
N’empêche, il faut l’entendre, Nicole, exprimer son ras-le-bol, dénoncer
ce qu’elle appelle fallacieux prétexte et discrimination sexiste.
« A un moment donné, on n’a plus le droit à l’ambition,
c’est flagrant. Tant que l’on joue sans demander trop d’argent, tout va
bien. Là, on a un projet et on nous répond qu’il n’y a pas
d’argent pour nous qui jouons au plus haut niveau du club. L’équipe
première masculine joue en PH (promotion d’honneur), deux niveaux
au-dessous, et on ne mégote pas sur son budget. Nous ne faisons
que vivre ce que d’autres filles ont vécu avant nous et qui ont
dû pour pouvoir jouer au football, quitter leur club et créer
leur association indépendante. Cela suffit ! il faut que l’on cesse
de nous tolérer. »
Nicole a tenté de regrouper ses équipes en une association
indépendante mais la municipalité du Plessis-Robinson, dont
l’aide financière et matérielle (prêt des installations
sportives) était indispensable, s’opposait à l’existence
de deux clubs de football. Il ne restait d’autre choix que celui de s’entendre.
Mais le conflit avait atteint son point de non-retour quand les premières
déclarations de Nicole à la presse lui valurent des menaces
d’exclusion qui finirent par être mises à exécution
en septembre 1997. Un nouvel entraîneur fut engagé mais les
joueuses se regroupèrent autour de leur « porte-parole ».
Nicole, toujours là, tint son rôle d’entraîneur désormais
de façon bénévole. Poirot, dans l’incapacité
de gérer cette situation, décida de se débarrasser
des trois équipes féminines. Quand la question fut soumise
à l’ordre du jour de l’assemblée générale,
Nicole avait déjà résolu de porter l’affaire en justice.
Le tribunal de grande instance de Nanterre a statué le 16 juillet
dernier, considéré légitime le motif budgétaire
et financier et rejeté la demande de Nicole. Si elle perd en appel
(l’audition est fixée au 5 août à la cour d’appel de
Versailles), cinquante footballeuses devront chercher un autre club ou
jouer à autre chose qu’au football.