POT A POT
Juin 1999
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Laurence Wurtz
"Les filles mises hors-jeu"
Le sport et les femmes? Il reste encore du boulot à faire, pour qu'elles puissent accéder à égalité aux infrastructures et aux métiers qui lui sont liés. Pas prise au sérieux, la gente féminine? Il est temps que ça change!

Bagneux, un après-midi férié. Une équipe féminine de football reçoit et affronte celle de Tremblay, pour une qualification en demi-finale de la coupe de Paris. Dans les gradins, une petite vingtaine de personnes, essentiellement les familles et les copines des joueuses. Trois mecs s'installent et regardent une partie de la rencontre, entre amusement et admiration. «Oh, t'as vu l'amorti qu'elle vient de faire! Respect!» A quelques centaines de mètres plus bas, un parc. Familles, joueurs de foot, groupes… Le parc est rempli de monde. Contraste saisissant. A l'image de cette rencontre entre deux équipes féminines, le sport pratiqué par les femmes est souvent ignoré, voire méprisé. L'équipe féminine de Bagneux en a fait les frais. Anciennement domiciliées au Plessis-Robinson, les joueuses se sont tout bonnement fait virer. «Au Plessis, ils n'acceptaient pas que l'équipe-phare soit féminine», explique Nicole Abar entraineuse et joueuse. Fermeture des terrains lors de rencontres, entrainements sur des stades non éclairés
 
«On s'est battues pendant deux ans»,  souligne Chantal, présidente de la section féminine. 

Une affaire qui s'est terminée devant les tribunaux. Déboutée en juillet, l'équipe de foot a obtenu gain de cause en appel. Mais décide de quitter la ville. «Nous n'avions plus rien à faire là-bas. A Bagneux, au moins, nous sommes reconnues.» Suite à cette affaire, Nicole Abar crée l'association Liberté au joueuses. Mais déplore le peu d'implication des autres équipes féminines dans l'association : «certaines vivent la même chose et se taisent». Marie-George Buffet évoquait, lors des dernières Assises Nationales Femmes et Sport (septembre 98), les courriers reçus, «alertant sur les discriminations». Face à cette situation, les groupes de travail constitués exposeront l'état des lieux et les solutions envisagées lors des prochaines assises des 29 et 30  mai. En attendant, comme le constate le ministère, «Ie sport féminin s'affirme comme une pratique en constante progression mais cette évolution ne pourra durer que si les femmes sont plus présentes à tous les niveaux dans les instances sportives». Une ligne budgétaire Femmes et sport a d'ailleurs été ouverte, afin d'assurer une meilleure visibilité et représentation des femmes.

Aux Tarterets, les filles, via l'association Actives, ont directement engagé le dialogue avec le service jeunesse de la mairie. «A Corbeil, les gars avaient tout», explique Hatouma, présidente de l'association. Le service répond positivement et met à la disposition des jeunes filles un animateur pour les entrainements de foot. Seule exigence: que les joueuses soient minimum vingt. «Je pense qu'ils attendaient de voir. Ils y croyaient mais avec réserve.». Qu’à cela ne tienne, deux ans après elles sont soixante à taper le ballon aux Tarterets. Certaines pour la compétition et d'autres par plaisir, «histoire de sortir de chez elles». Kaba appartient à l'équipe depuis ses débuts. Avant, elle jouait à l’école et sur les parkings. Et tient dur  comme fer à continuer malgré les railleries, ou l'incompréhension de certains. Toutes, elles revendiquent leur part du plaisir sportif et leur intégration dans les milieux sportifs. Alors, les sarcasmes elles s'en foot!

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