Le sport et les femmes? Il reste encore du boulot à
faire, pour qu'elles puissent accéder à égalité
aux infrastructures et aux métiers qui lui sont liés. Pas
prise au sérieux, la gente féminine? Il est temps que ça
change!
Bagneux, un après-midi férié. Une équipe
féminine de football reçoit et affronte celle de Tremblay,
pour une qualification en demi-finale de la coupe de Paris. Dans les gradins,
une petite vingtaine de personnes, essentiellement les familles et les
copines des joueuses. Trois mecs s'installent et regardent une partie de
la rencontre, entre amusement et admiration. «Oh, t'as vu l'amorti
qu'elle vient de faire! Respect!» A quelques centaines de mètres
plus bas, un parc. Familles, joueurs de foot, groupes… Le parc est rempli
de monde. Contraste saisissant. A l'image de cette rencontre entre deux
équipes féminines, le sport pratiqué par les femmes
est souvent ignoré, voire méprisé. L'équipe
féminine de Bagneux en a fait les frais. Anciennement domiciliées
au Plessis-Robinson, les joueuses se sont tout bonnement fait virer. «Au
Plessis, ils n'acceptaient pas que l'équipe-phare soit féminine»,
explique Nicole Abar entraineuse et joueuse. Fermeture des terrains lors
de rencontres, entrainements sur des stades non éclairés
«On s'est battues pendant deux ans», souligne Chantal,
présidente de la section féminine.
Une affaire qui s'est terminée devant les tribunaux. Déboutée
en juillet, l'équipe de foot a obtenu gain de cause en appel. Mais
décide de quitter la ville. «Nous n'avions plus rien à
faire là-bas. A Bagneux, au moins, nous sommes reconnues.»
Suite à cette affaire, Nicole Abar crée l'association Liberté
au joueuses. Mais déplore le peu d'implication des autres équipes
féminines dans l'association : «certaines vivent la même
chose et se taisent». Marie-George Buffet évoquait, lors des
dernières Assises Nationales Femmes et Sport (septembre 98), les
courriers reçus, «alertant sur les discriminations».
Face à cette situation, les groupes de travail constitués
exposeront l'état des lieux et les solutions envisagées lors
des prochaines assises des 29 et 30 mai. En attendant, comme le constate
le ministère, «Ie sport féminin s'affirme comme une
pratique en constante progression mais cette évolution ne pourra
durer que si les femmes sont plus présentes à tous les niveaux
dans les instances sportives». Une ligne budgétaire Femmes
et sport a d'ailleurs été ouverte, afin d'assurer une meilleure
visibilité et représentation des femmes.
Aux Tarterets, les filles, via l'association Actives, ont directement
engagé le dialogue avec le service jeunesse de la mairie. «A
Corbeil, les gars avaient tout», explique Hatouma, présidente
de l'association. Le service répond positivement et met à
la disposition des jeunes filles un animateur pour les entrainements de
foot. Seule exigence: que les joueuses soient minimum vingt. «Je
pense qu'ils attendaient de voir. Ils y croyaient mais avec réserve.».
Qu’à cela ne tienne, deux ans après elles sont soixante à
taper le ballon aux Tarterets. Certaines pour la compétition et
d'autres par plaisir, «histoire de sortir de chez elles». Kaba
appartient à l'équipe depuis ses débuts. Avant, elle
jouait à l’école et sur les parkings. Et tient dur
comme fer à continuer malgré les railleries, ou l'incompréhension
de certains. Toutes, elles revendiquent leur part du plaisir sportif et
leur intégration dans les milieux sportifs. Alors, les sarcasmes
elles s'en foot!