Plessis-Robinson, Le Mensuel (n° 16 Avril 1999)
J.C. CARDE
Foot féminin : la bataille continue
J’ai eu la chance de rencontrer Nicole ABAR. Cette femme qui, avec l’ensemble
de son groupe, a été évincée du FCPR. J’ai
trouvé une jeune femme qui ose faire et dire tout haut ce que bien
des gens pensent tout bas. Il s’agit, pou elle, comme pour toutes ses coéquipières
de dignité. Cette question, elle connaît bien. Déjà,
enfant, fille d’immigrés, elle subit les quolibets racistes. Aujourd’hui,
femme, footballeuse, ce sont les quolibets sexistes. Oui, c’est dur d’être
différente. Mais elle l’assume et le revendique. J’ai rencontré
une éducatrice, bien dans ses baskets, volontaire, une battante.
Elle me disait « dans cette bataille pour le respect de la dignité,
la mienne mais aussi celle des femmes et des petites filles, footballeuses
du Plessis, c’est avec mon coeur que je parle. Et mon coeur va bien avec
ma tête ». C’est l’honnêteté qui parle ainsi.
Comment à l’aube du 21ème siècle, peut-on avoir
une attitude qui met hors jeu des femmes qui ne souhaitent rien d’autre
que de s’exprimer dans le sport qu’elles ont choisi ? des femmes mais aussi
des petites filles, qui comme les petits garçons, trouvent un équilibre
au travers du sport.
Comment peut-on priver ainsi des enfants de cet équilibre indispensable
à leur évolution ? C’est pourtant ce que les adultes ont
décidé de faire, pour les petites footballeuses du Plessis
qui n’ont pas pu suivre leurs aînées à Bagneux, ville
et club qui les ont accueillies. Pour certaines les parents sont robinsonnais
de vielle date.
Les médias se sont emparés de cette affaire. Nicole ABAR
est bien involontairement mise en avant. Ce n’est pas son choix, car le
sien aurait été que l’on parle du Plessis-Robinson foot féminin
pour ses résultats sportifs. Par contre sa volonté est de
poursuivre ce combat, au moins pour l’exemple, pour éviter que d’autres
clubs agissent comme le FCPR, pour que la FFF prenne ses responsabilités
et s’investissent dans ce domaine. Enfin quelle belle leçon d’humilité
et quel bel acte éducatif que de dire aux petites footballeuses
qu’elle entraîne : « le beau geste qui peut faire de toi une
grande joueuses, ne veut pas dire que tu sois meilleure que ta copine.
L’inverse n’est pas vrai non plus. Par contre tu es différente.
Et ça c’est bien. Sachez que vous n’êtes pas moins bien que
les autres »
Bon courage Nicole !