C'est fatigant d'être traitée
d'"hommasse"
Nicole Abar, ex-joueuse de l'équipe de France de football a fondé
l'association LAJ (Liberté Aux Joueuses)
Quinze fois internationale, Nicole entraîne aujourd'hui deux équipes
féminines. Elle se bat au quotidien pour obtenir de l'argent pour
ses joueuses.
Comment êtes-vous arrivée au football ?
Totalement par hasard. Il manquait un garçon dans une équipe
et le professeur m'a demandé si j'avais envie de jouer... J'avais
9 ans, les cheveux courts, il m'a tout simplement pris pour un petit garçon
! C'était il y a 30 ans, la mixité n'était pas reconnue.
Aujourd'hui, toutes les petites filles peuvent jouer au football avec des
garçons jusqu'à 14 ans. Jouer au football a changé
ma vie. Cela m'a permis d'avoir une image valorisante de moi, car je vivais
dans le racisme. Enfin, grâce au football, je pouvais être
brillante.
En quoi est-ce difficile d'être une joueuse de football de haut
niveau ?
Quand on veut faire de la compétition de haut niveau, il faut
des ressources, elles sont rares. D'autant que les médias ne nous
donnent pas beaucoup l'occasion de nous exprimer. Exemple : la Coupe du
Monde de football féminine, personne n'en parle... Le plus souvent,
l'argent va à des équipes masculines plutôt qu'à
des équipes féminines dont le niveau est plus élevé.
C'est le cas dans votre club ?
Tout à fait. Le président du Club du Plessis-Robinson
m'a expliqué que les féminines ne l'intéressaient
pas. J'ai alors cherché de l'argent dans le privé. J'en ai
peut être trouvé pour faire monter notre équipe en
National 1B.
Avez-vous souffert des réflexions machistes ?
Oui, c'est fatigant d'être traitée "d'hommasse". Personnellement,
lorsque je parle avec des hommes, je parle foot, tactique, passion.
Comment fait-on pour faire avancer les choses ?
On s'épuise un peu. Il faut interpeller les fédérations,
édicter des règlements pour les femmes. Les parents ne savent
pas que la mixité existe dans le foot, alors nous restons des "phénomènes".
Je ne comprends pas pourquoi.
Pensez-vous que l'école puisse jouer un rôle ?
Oui. Encore faut-il que les institutrices le veuillent bien. Ce qui
n'est pas vraiment le cas. Je voulais monter des ateliers de football dans
les écoles. Eh bien les institutrices ne veulent pas que les petites
filles jouent au football. Alors qui va rompre ce cercle ?
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