Le ROSE BOWL de LOS ANGELES le 10 Juillet 1999
Lorsque j’arrive à proximité du stade 1 heure
avant le début de la rencontre Brésil - Norvège, le
parking est déjà bien utilisé et les allées
grouillent de monde. Après un passage plus que rapide à la
tente des VIP, je me dirige sereinement vers les stands qui vendent les
articles siglés des visuels officiels de la Coupe du Monde féminine.
A ma grande surprise, ils sont tous pris d’assaut et je serai obligée
de faire une heure de queue pour acheter ce qu’il reste car les stocks
sont presque épuisés. Cela constitue une autre démonstration
de l’efficacité du marketing à l’américaine.
Le public dans les allées représentent toutes
les générations, mais beaucoup de jeunes filles, sont grimées
et portent avec fierté le maillot de MIA HAM, l’avant centre star
de l’équipe américaine. L’ambiance est euphorique et je sens
bien que chacun attend la victoire des USA sur le Chine. Tout cela n’a
rien de bien exceptionnel, car nous avons pu faire les mêmes constats
lors de la dernière coupe du monde masculine en France en 1998.
Sauf qu’il s’agit là de la coupe du monde féminine ! ! !
Lorsque je rejoins ma place dans la tribune de la FIFA, j’admire
comme il se doit en tant que sportive cette belle infrastructure et surtout
la très belle pelouse. Le stade n’est pas encore plein, mais les
rangs sont déjà bien garnis. Deux écrans géants
diffusent des publicités ou des ralentis des actions les plus percutantes.
Les drapeaux chinois et américains fleurissent et s’agitent. Je
reste sans voix, c’est comme si j’étais au stade de France pour
regarder un match de football féminin.
Je regarde le premier match en spectatrice privilégiée.
Le spectacle est agréable à regarder. Toutefois, l’engagement
physique et la fatigue accumulée par les équipes depuis le
début de la compétition, ne permettront pas de savourer le
panache technique des brésiliennes. A la mi-temps, un spectacle
musical est donné dans l’enceinte du stade, à forte connotation
de samba brésiliennes, un show à l’américaine classique.
A mon grand regret aucun but ne sera inscrit pour faire se lever cette
foule. Les brésiliennes s’imposeront aux tirs aux buts.
Après la remise des récompenses, et avant l’arrivée
des équipes finalistes, nous avons droit à un spectacle d’ouverture
du match et de clôture de la compétition. Des petites filles,
par groupe de 4, portent à bouts de bras les drapeaux des nations
ayant participé à cette phase finale de coupe du monde. Elles
pénètrent sur la pelouse selon une chorégraphie précise
en fonction aussi d’un spectacle musical livré en direct depuis
le stade. A la fin du spectacle, toute la pelouse du stade disparait sous
les drapeaux. C’est beau et dynamique.
Lorsque l’équipe américaine fait son entrée sur
la pelouse, c’est une véritable ovation qui les accueille. Le speaker
annonce alors que nous sommes 90 200 spectateurs dans le stade.
Au risque d’être taxée de sensiblerie, devant ce stade
plein à craquer, magnifique dans sa conception, enthousiaste et
vivant, je revis un flash-back sur ma propre carrière de joueuse
internationale française pendant 10 ans. De mon temps la coupe du
monde n’existait pas , pas plus que les JO. J’ai pensé aussi à
l’affaire du Plessis-Robinson au procès contre le club, au
combat contre les discriminations sexistes, à Bagneux et à
toutes ces petites des cités avoisinantes plus défavorisées
qu’autre chose...J’étais vraiment sur une autre planète,
un autre monde et j’ai été extrêmement émue.
J’ai sacrifié tellement de chose dans ma vie pour jouer au football,
que je ne pouvais pas m’empêcher d’envier toutes ces joueuses sur
cette pelouse qui pouvaient envisager de vivre de la pratique du football
et de se battre pour un titre de championne du monde devant 90000 spectateurs.
Le match ne fut pas à la hauteur des espérances
de tous, joueuses, public et organisateurs. Pour la deuxième fois
de la journée, nous furent tous privé de buts. Ce sont les
buts qui font lever et exploser un stade et ils auraient été
la récompense légitime pour une magnifique compétition.
Les tirs aux buts ont donné le trophé aux américaines
après un match équilibré, où chacune des deux
équipes a eu sa chance de faire basculer le match a son profit.
Le suspense, la tension du public ont compensé cette frustration.
Je crois qu'il n'est pas nécessaire d'insister sur le délire
dans le stade lorsque la fin du match, après la deuxième
série des tirs aux buts de la journée, ce sont les américaines
"qui sont choisies" par la victoire. Pouvons-nous imaginer un jour notre
Président de la République remettant le trophée de
cette Coupe du Monde à l'équipe de France Féminine,
au Stade de France, devant 80 000 spectateurs ?.. En effet, après
avoir assisté aux demies-finales avec sa famille, le Président
des Etats-Unis, Bill CLINTON était là en personne pour asister
à la rencontre et remettre le trophée à l'équipe
des U.S.A.
Je suis revenue à ma réalité franco-française,
mais je sais que je n’ai pas rêvé. Je me donne pour mission
première de raconter cela aux toutes petites pour leur dire que
cela existe, que c’est possible, que c’est merveilleux et que c’est leur
avenir ! Je les envie d’avoir l’âge de pouvoir croire à ce
père noël footballeur.
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