CONFERENCE INTERNATIONALE FIFA SUR LE FOOTBALL FEMININ
7 au 8 Juillet 1999 - Los Angeles
COACHING DANS LE FOOTBALL FEMININ
WOMEN’S SOCCER COACHING
Elisabeth LOISEL - Women’s French National Team Coach
Je vais traiter ici du coachinq dans le football féminin.
Nombreux sont les entraîneurs qui pourraient vous parler de leur
propre expérience, et il serait trop long aujourd'hui d'énumérer
tout ou partie de ces expériences. J’ ai donc seulement choisi de
mettre en évidence quelques éléments qui permettront
de mieux cibler les particularités du coachinq dans le football
féminin, et peut-être, de servir ou conforter ceux qui, comme
moi, sont entraîneurs d’une sélection nationale féminine.
Le coachinq dans le football féminin a évolué dans
le temps, avec, entre autre, d'une part, l'apparition de nouvelles compétitions
internationales, et d'autre part, depuis peu, l’arrivée de plusieurs
anciennes joueuses internationales à des postes d’entraîneurs
nationaux, postes jusqu'alors occupés par des hommes.
Aujourd'hui, l'évolution du haut niveau féminin, le profil
de l’entraîneur, sa manière de "coacher", nous conduisent
à nous interroger sur les questions suivantes :
Y'a t’il une méthode différente pour diriger et entraîner
un groupe de femmes?
Les joueuses préfèrent-elles un entraîneur homme ou
un entraîneur femme ?
Le relationnel entraîneur joueuses est-il différent de celui
pratiqué chez les hommes ?
Le contenu d’entraînement d'une équipe féminine peut-il
être le même que celui des hommes ?
A ces questions essentielles pour tout entraîneur exerçant
avec un groupe de femmes, nous allons tenter, au cours de cet exposé,
de donner quelques réponses:
Tout d’abord, abordons un aspect capital et essentiel à la réussite
du coaching dans le football féminin : Le profil de l’entraîneur.
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II LE PROFIL DE L’ENTRAINEUR
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Je crois sincèrement que l'on ne décide pas,
un beau jour, de devenir entraîneur de football féminin, et
qu’il faut, sans doute, avoir un peu "cela" quelque part en soi. Oui, mais
quel profil faut-il avoir ?
1. Quel profil d’entraîneur pour le football féminin
?
En exagérant volontairement, on pourrait dire qu'il existait
encore il y a quelques années 2 profils d’entraîneurs très
opposés dans le monde du sport, et dans le football bien sûr:
L'entraîneur autoritaire qui ne basait sa fonction que sur ses convictions
personnelles, et, l'entraîneur démocratique qui déléguait
beaucoup plus, qui échangeait avec son entourage et qui développait
un meilleur relationnel dans son groupe.
2. L’évolution du profil de l'entraîneur
a) La prise en compte de la dimension affective
Dans le football féminin d'aujourd'hui, comme assurément
dans celui des hommes, la réalité n'est pas ainsi faite que
les choses soient tranchées ou idéalisées de la sorte
sur le profil de tel ou tel entraîneur. L'évolution des valeurs,
des époques, des mentalités et des hommes(avec un grand «H
») ont appelé les entraîneurs autoritaires à
réviser l'expression de leur autorité.
b) La définition et le respect des valeurs communes
Autre point sensible, et même, selon moi, nécessaire au
bon fonctionnement d'un groupe féminin, c’est le respect des valeurs
communes au groupe. Les joueuses sont extrêmement exigeantes et très
vigilantes à une véritable justice interne au groupe. Le
rôle de l’entraîneur est, à ce niveau, primordial, car
il est le dépositaire du code interne au groupe, des objectifs,
du jeu de l'équipe, et des choix. Tous ces éléments
doivent être définis,
exprimés, dirigés et rappelés clairement par l’entraîneur
lui-même. Tout manquement ou erreur peut vite être vécu
par les joueuses comme une forte injustice, quelle soit individuelle ou
collective. Toute forme d'injustice, même bénigne, est, en
fait, totalement intolérée par un groupe féminin.
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III L’ADAPTATION DE L’ENTRAINEUR AU FOOTBALL FEMININ
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Vous l'avez deviné, les aspects psychologiques tels
que précédemment définis, amène l’entraîneur
de football féminin à faire preuve d’une adaptation permanente.
Pour cela, il est bon de connaître quelques différences notoires
avec le football masculin:
La première concerne :
1.Le statut des joueuses et la notion de professionnalisme
et d'amateurisme
Même si 2 ou 3 nations ont aujourd’hui franchi le pas vers un
football féminin professionnel, il n'en est pas ainsi pour la majorité
des pays qui doivent composer avec les difficultés de la pratique
du haut niveau avec des amateurs. Et même les joueuses "professionnelles"
sont loin d'avoir le niveau de salaire des hommes. Résumons dans
un tableau ces différences marquantes, d'une part, entre les hommes
"professionnels" et les femmes "professionnelles", et, d’autre part, entre
ces dernières et les femmes "amateurs":
L'entraîneur de football féminin est, de nos jours, suivi,
écouté, grâce à ce qu'il est, à ce qu'il
représente, et je ne crois pas que réussir avec un groupe
féminin peut se décliner avec le mot "autorité", bien
au contraire. Ce n'est pas en disant "Si ça ne vous plaît
pas, c'est pareil, c'est moi qui commande" que l'on commande réellement,
et encore moins des filles. Conduire un groupe de femmes demande un autre
don, bien supérieur, et en complément de la formation indispensable
d'entraîneur que l’on suit en général. Ce don, ou ces
aptitudes, sont basées sur une dimension affective entretenue par
l'entraîneur avec son groupe, dimension que tout entraîneur
doit être capable de graduer selon les moments et les individus.
Toute la difficulté réside dans l'équilibre que l'entraîneur
et le groupe doivent trouver pour renforcer une complicité et une
estime mutuelle. Chez les filles, cette notion est la base de la vie et
de l'expression du groupe, et, il serait vraisemblablement une erreur que
de se couper de cette dimension affective, ou d'essayer de le faire, comme
il serait également une erreur, comme entraîneur, de "se faire
manger par l'affectif" Ce constat va obliger l'entraîneur à
user de quelques techniques de comportement. Tout d'abord, obtenir la reconnaissance
des joueuses.
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Le jugement et la reconnaissance des joueuses Lorsque l'entraîneur
domine bien le domaine de l'affectif dérivant sur de la complicité,
il n'est pas au bout de sa tâche. Il doit faire face à une
série de tests desquels il devra sortir solide :
Les tests de compétence et de personnalité :
Que ce soit vos connaissances du football, votre appartenance au groupe,
votre écoute, votre aptitude à anticiper certaines situations,
la variété de vos séances d'entraînement, votre
logique de fonctionnement, votre enthousiasme ou votre esprit de compétition,
tout peut être source de renseignements nécessaires aux joueuses
pour vous juger. C'est à ce prix, parfois lourd et exigeant que
vous obtiendrez du respect, de l'estime,de la reconnaissance, bref, une
crédibilité qui présidera aux bons rapports entre
vous, entraîneur, et vos joueuses. Ces Particularités existent,
et il convient à tout entraîneur d'un groupe féminin
d’en tenir compte.
Une deuxième différence évidence est à
relever:
2. La notion de groupe plus que d'individus :
D'une part, l'absence ou quasi absence de "Stars"(contrairement
au football des hommes), et d’autre part, l'abnégation qu’ont les
joueuses à faire passer l'intérêt collectif avant leur
propre intérêt, conduit l’entraîneur à développer
un esprit de groupe, plus marqué, c'est sûr chez les femmes
que chez les hommes.
La troisième différence importante entre les hommes et
les femmes à signaler, c'est:
3. La prise en considération des capacités
physiologiques et physiques
Naturellement différentes des hommes, les capacités des
femmes se sont adaptées au football :
A la puissance et la recherche du duel physique chez les hommes, s'opposent
l'habileté, la souplesse et la finesse des femmes.
A la recherche du déséquilibre individuel et du dribble chez
les hommes, s’opposent le développement d'un jeu collectif de mouvement
chez les femmes.
Au jeu défensif parfois trop fermé des hommes, s'oppose un
jeu plus offensif orienté vers l'attaque chez les femmes.
Ces constats doivent aussi être porteurs de réflexions, d'adaptation
des méthodes d’entraînement des joueuses.... et l’entraîneur
ne peut les occulter.
En dehors de ces considérations, il y a, je pense, un comportement
et des attitudes spécifiques à adopter lorsque l’on est entraîneur
de football féminin:
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4. LES ATTITUDES , LE COMPORTEMENT SPECIFIQUE D’UN ENTRAINEUR
DE FOOTBALL FEMININ
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a) Avoir un langage adapté
Les mots doivent être bien choisis, et la voix posée.
b) Entretenir le relationnel:
Etre très disponible, et répondre au besoin permanent
qu'ont les joueuses à vouloir savoir ce que l’entraîneur pense
d'elles.
c) Rassurer et réassurer.
souvent pour faire face à une forme de fragilité psychologique
de certaines joueuses. La philosophie du "Pourvu que" existe chez les filles("Pourvu
que cela se passe bien", "Pourvu que je négocie bien mes premiers
ballons"...etc ... ). Les joueuses ont tendance peut-être à
se situer plus souvent dans le doute que dans l'assurance. Une forme de
réassurance peut faire basculer ces joueuses de l’angoisse de l'échec
vers la conviction de pouvoir bien faire.
d) Veiller à l'équité dans le groupe :
Surtout ne pas adopter de traitement de faveur à l'une ou à
l'autre des joueuses, sous peine d'être mal perçu.
Mon dernier chapitre va consister à dresser une liste de quelques
comportements de l’entraîneur autour du match, liste établie
à partir de ma propre expérience.
Ce chapitre est intitulé :
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IV. L’ENTRAINEUR AUTOUR DU MATCH
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Ce thème est décomposé en 3 parties: -
l'attitude d'avant match - l'intervention à la mi-temps - l'analyse
d’après match
1- AVANT LE MA TCH :
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Adopter un message clair, concis., et surtout positif.
-
Responsabiliser les joueuses et leur donner confiance.
-
Gérer la pression du résultat pour les joueuses émotives.
2- A LA MI-TEMPS :
Laisser 5 minutes de détente (repos et besoins pratiques féminins).
Ne pas faire usage de paroles blessantes individuellement
Redevenir disponible à l'écoute et échanger.
Privilégier le positif
Recentrer quelques points tactiques essentiels.
3. APRES LE MATCH :
Pas de discussion à chaud : juste une brève synthèse
au retour dans les vestiaires.
Le soir ou le lendemain, s'appuyer sur les leaders ou les joueuses- relais
dans l'équipe pour faire une analyse du match.
Organiser, quand le déplacement le permet, une causerie bilan du
match avec tout le groupe en faisant parler et participer les joueuses
à une autocritique collective, et parfois même individuelle
du match.
En conclusion, je voudrais dire qu'il n'était pas dans
mes intentions, au cours de cet exposé de quelques minutes, de donner
des idées ou des solutions toutes faites qui pourraient fonctionner
à tous les coups. Il n'y a, je crois, pas de modèle type
d'entraîneur, chacun réussissant ou échouant avec des
qualités et des groupes différents. Il y a, cependant, quelques
considérations propres au coachinq dans le football féminin,
que tout entraîneur exerçant avec une équipe de femmes
doit connaître. La dimension et l’approche psychologique sont des
pièces incontournables pour une bonne efficacité de fonctionnement
entre l’entraîneur et son groupe. Je serai tentée de dire,
pour conclure, que le football féminin "modèle" ses entraîneurs
à sa propre image, dans le respect de l'individu, et avec un esprit
de famille, que, peut-être, seules les femmes, grâce à
la place maternelle importante queelles occupent dans la cellule familiale,
savent transposer dans leur sport. Alors, dans le contexte défini
tout au long de cet exposé, on pourrait avancer que l’entraîneur
soit un homme ou une femme... qu'importe... pourvu qu'il soit COMPLICE
avec son équipe.
Je vous remercie de votre attention.
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